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mardi 15 mars 2011

"Les patriotes" d'Eric Rochant (1994) avec Yvan Attal, Jean-François Stévenin, Bernard Le Coq, Richard Masur, Sandrine Kiberlain et Yoshi Banai

"Les patriotes" reste un film exceptionnel dans la production française de ces trente dernière années. Un film ambitieux, et pour ce qui concerne son sujet principal -la manipulation- un film maîtrisé et efficace.

Il nous fait découvrir les arcanes d'un monde fascinant : la fabrication du mensonge. 

En l'occurrence par les mythiques services d'espionnage israéliens. 
La force et la singularité du film c'est que sa représentation de ce monde de l'ombre et du secret sent le crédible, le documenté, pas le fantasme au rabais. 
J'ai appris ensuite que les deux affaires auxquelles est mêlé le jeune Ariel Brenner (Yvan Attal) sont inspirées de faits réels. 
Autre choix pertinent : en Israël, on entend les gens parler hébreux ("Il n'y a pas de Dieu" dit l'un ; "Tout sauf la paix", dit l'autre), en France, français, aux Etats-Unis, anglais ! 
On apprend les petites géguerres entre le Mossad et d'autres unités d'espionnage (la fictive unité 238, inspirée du "Lekem", service très secret, spécialisé dans le renseignement scientifique).
On perçoit la violence des relations dans ce milieu aux méthodes implacables. 
On vit en permanence avec Ariel dans un jeu d'échec éprouvant.
Mais surtout on assiste à l'élaboration des scénarios de manipulation, à des exercices de mise en situation qui sont comme autant de répétitions avant l'unique prise… On comprend que cela fascine Rochant : le cinéma est un art de la manipulation. "La manipulation est notre métier" était la baseline de l'affiche du film à sa sortie, sa signature.
L'apprentissage de la manipulation sert l'apprentissage du mensonge. Au passage, le cinéma, c'est pour moi comment faire du vrai avec du faux.

J'adore Jean-François Stévenin, qui interprète Rémi Prieur, l'ingénieur atomiste français, jouet d'une des affaires de manipulation.
Yvan Attal, sobre, est très bon de bout en bout. 
Yoshi Banai, en mentor du mensonge, est effrayant de justesse.
Quant à Emmanuelle Devos (l'égérie d'"un certain cinéma français"), elle joue mal la scène où elle pose un micro dans le téléphone, au domicile de Prieur (je crois). Mais comme elle est incarne une espionne au travail, pas une actrice professionnelle, peut-être que c'est voulu par Rochant.


Je suis moins enthousiaste que lorsque je l'avais vu à sa sortie. Toutes les scènes relatives à la vie personnelle d'Ariel sont beaucoup moins réussies :
- lorsqu'il est en famille  : on retrouve le niveau de jeu d'un film français médiocre ;
- sa relation amoureuse avec Marie-Claude, call-girl improbable jouée par Sandrine Kiberlain (qui me fait autant d'effet qu'une jument de trait), dans un contre-emploi qui flaire la projection fantasmatique un peu basique, vulgos. (Le fantasme au rabais). Les scènes où Ariel la drague, et toutes les scènes ayant trait à sa vie sexuelle sont un peu grotesques. Elles décrédibilisent le personnage, plus qu'elles ne l'humanisent.
De sorte qu'on ne s'envole pas avec lui (et la musique), dans cette scène (ci-contre) où il court la sauver, sur leur lieu de rendez-vous : un cinéma Pathé, où passe "Barry Lyndon"de Kubrick (grand joueur d'échec et gourou de la manipulation cinématographique).

Moralité du film : mieux vaut être aux douanes que dans une cellule de renseignement israélienne.
Pour faire l'amour.
Dommage que Rochant bombe un peu le torse sur une musique pompeuse après avoir fini ainsi sur ce qui renvoie à l'aspect le moins réussi de son film.

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