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lundi 21 novembre 2011

"One-Eyed Jacks" de Marlon Brando (1961) avec Marlon Brando, Karl Malden, Pina Pellicer, Katy Jurado, Slim Pickens

"You may be a one-eyed jacks around here, but I've seen the other side of your face." (Rio)

Après plusieurs films de prison, le séjour en prison (évoqué) représente le moteur dramatique de "La Vengeance aux deux visages" : Rio (Marlon Brando) passe 10 ans dans la taule atroce de Sonora, au Mexique, après avoir été trahi par son comparse Dad (Karl Malden).

C'est le seul film de Brando. Peckinpah a écrit une version du scénario. Kubrick devait le réaliser, mais il a finalement refusé, et c'est Brando qui s'en est chargé. 
Il en a fait un film à son image.

Ainsi, aux magnifiques séquences dans les reliefs découpés du désert blanc de Sonora (ci-contre), répond la beauté époustouflante de Brando, que l'on sent bien étudiée dans chaque plan (foulard ou châle aux plis élégants, regards systématiquement par en-dessous…).
Ce côté "statue marmoréenne" n'est ici pas gratuit : il correspond parfaitement à la thématique de la dissimulation qui parcoure le film. Brando, comme le désert, est d'une beauté dangereuse.
Ancien élève de l'Actor's Studio, Brando fait du Brando ; mais cela donne ici un personnage singulier, vivant, cohérent.

Son jeu en-dedans est parfait pour rendre le personnage de Rio.
Non seulement, ce jeu lui donne une épaisseur, mais il correspond à sa dualité essentielle. 
Rio offre une image trompeuse : calme, cool, sincère. Mais on le découvre vite emberlificoteur, séducteur, et d'une assurance menaçante. 
Il marmonne, soupire, évolue avec nonchalance ; mais ses brusques explosions de fureur témoignent d'une force massive. La première scène de combat n'arrive qu'à la moitié du film, mais c'est un coup d'éclat : rapide et souple comme un félin, d'un geste extraordinaire, Rio dégaine, s'accroupit, se retourne derrière un pilier et tire… par
en-dessous (ci-contre). Je me suis cru soudain dans une case de Blueberry !
Et quand il rugit de colère, c'est impressionnant.

J'ai aimé les touches de fantaisie personnelle de Brando réalisateur :
- le quidam à qui Rio demande où se trouve la maison du shériff : accroupi sur une balustrade, il choisit des guirlandes de fleurs dans le panier que lui tend un enfant ;
- pendant la fête de la ville, le couple ivre, qui batifole, les cheveux constellés de pop-corns ;
- derrière le bar du saloon : une reproduction de "La Joconde" de Léonard de Vinci (sourire énigmatique mythique).

Et puis, il y a une vision ethnique manichéenne qui confère une efficacité propre au film de genre : tous les gringos sont des salauds qui se donnent des airs de gentils (un jeu de poker menteur dont aucun n'est dupe tant la menace est constamment sous-jacente) ; tous les Mexicains sont humains,
sincères, normaux.

Casting incroyable de seconds rôles fétiches des westerns (Katy Jurado, Slim Pickens) qui, avec ce film, se gravent définitivement dans nos esprits. Tous sont merveilleusement bons, y compris la jeune Pina Pellicer, dont le personnage aurait très bien pu paraître un peu ridicule.

Inoubliable scène où Rio n'émet pas un son alors qu'il se fait longuement fouetter, et finalement briser la main à coup de crosse par le shériff Dad. Plus réussie que celle d'Eastwood dans "Unforgiven" ?

J'admire Brando, qui a fait ce qu'il voulait,
du moins sur le tournage (beaucoup plus long que prévu), le final cut appartenant aux studios aux Etats-Unis. La version initiale de Brando durait 5 h !

Comme Brando, Rio prend son temps pour se remettre de sa raclée, s'entraîner à tirer avec sa main blessée, attendre le bon moment. Il agace les bandits qui le suivent et qui veulent passer à l'action :
Rio : Ambushin' folks ain't exactly my style, Bob. 
Bob : I'd say your style's gettin' a bit slow. We brought you along because you're supposed to be the big man with the iron; but now, I think I could even out pull you. 
Rio : You're probably right, Bob. You probably could get six into me by the time I get that one into you

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