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dimanche 22 janvier 2012

"Les yeux sans visage" de Georges Franju (1960) avec Pierre Brasseur, Alida Valli et Edith Scob

"Je n'adhère pas à la vie, mais à l'image. Ces images sont mes fleurs maladives" (Georges Franju).

Dès les scènes d'introduction, Franju nous plonge dans une atmosphère inquiétante :
- forte présence de cris d'animaux, comme une alerte instinctive face au danger : croassement des corbeaux au cimetière, pépiements d'oiseaux enfermés dans la maison du docteur Génessier (Pierre Brasseur), aboiements de ses chiens…

- l'imposante demeure où le savant officie en secret (vitraux) : les escaliers se succèdent en contre-plongée, monumentaux au début, puis de plus en plus étroits…

Recluse par son père et sa maîtresse, Christiane (Edith Scob) se promène en robe d'intérieur, qu'elle porte le col relevé, comme un imperméable satiné.

Son masque, à la fois blanc comme un masque neutre de théâtre, et fin comme une seconde peau, confère  au personnage une fixité étrange, comme une poupée apeurée.

La poupée d'un père dominateur, possédé par son ambition. Mais Génessier n'est pas le pervers stéréotypé à la Frankenstein, il lui reste une conscience morale ("J'ai fait tant de mal pour ce miracle") ; aspect "psychologisant" qui est peut-être une des empreintes du film au giallo, genre cinématographique italien de l'époque ("Les yeux sans visage" est une coproduction franco-italienne).

"J'étais comme un objet", raconte Edith Scob, "exclue par l'équipe du tournage". "Un visage, c'est comme un langage. J'ai compensé par des gestuelles."
Décalage intéressant entre son jeu, en accord avec l'approche globalement non naturaliste de Franju, et celui de Pierre Brasseur, plus "naturel". Ainsi le plus fou est-il le plus "normal", conformément au style dépouillé et efficace du fantastique de Franju, qui réveille en nos psychés les angoisses cauchemardesque de monstruosité dans le quotidien.

On découvre le visage de Christiane, la "fille-créature", dans la scène où elle caresse le visage de Paulette, la jeune fille enlevée, la prochaine victime du monstre : son visage est destiné à remplacer celui que Christine a perdu dans un accident de voiture. Réveillée par les attouchements, la malheureuse découvre un visage déformé, qui révèle une personnalité insensible, comme pathologiquement anesthésiée.

- "Angélique, je ne suis pas", dit Christiane à son père.
Et lui : "Souris. Souris. Pas trop".

"Un cobaye humain, quelle aubaine pour lui !", lance Christiane, la colombe en cage, à Louise (Alida Valli), le berger allemand de Génessier ("J'ai appris que c'est un collier de chien, et j'adore ça", dit-elle en parlant de son collier de perles).

Franju sait créer des images fortes :

- Dans la cave-chenil,  Christiane caresse un des Dobermanns, debout sur ses pattes arrières (ci-dessus). Le molosse est silencieux, comme tous ses congénères.

- Scène de chirurgie faciale crue et osée pour l'époque (Franju s'est fait connaître avec "Le sang des bêtes", documentaire sur les abattoirs) : la peau est méticuleusement découpée et retirée d'un seul tenant, pour la greffe.

- Séquence de montage photos d'une incroyable sécheresse sur la chronologie de l'échec du greffon, qui se nécrose.

Découpage très précis.

Dans le caveau où Génessier et Louise enterre la victime, étonnant point de vue depuis la croix, avec de non moins étonnants regards caméra du couple meurtrier (photo ci-contre).

Lorsqu'ils sont devant le caveau, la nuit : plan insolite sur un avion. (Je crois que ce plan finalement acquiert un sens plus tard, mais ma mémoire me fait défaut…)


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